- BIO BFC et le réseau des GAB donnent leurs cinq véritables urgences agricoles 24.09.26
Le projet de loi d’urgence agricole, voté par le Parlement le 21 juillet dernier, passe à côté des solutions dont le monde agricole a besoin pour s’adapter au changement climatique.
BIO Bourgogne-Franche-Comté appelle l’État, les parlementaires et les collectivités à s’atteler dès à présent aux 5 véritables urgences agricoles.
La vraie urgence sanitaire ? L’abandon des néonicotinoïdes
La loi d’urgence agricole aménage un régime dérogatoire pour deux néonicotinoïdes dont la toxicité a déjà été reconnue, tant par l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA, 2016, 2022 ET 2024) que par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA, 2020). Il nous faudra donc boire le calice toxique jusqu’à la lie : après avoir fait fi de la souveraineté populaire incarnée par plus de 2 millions de Français qui s’étaient élevés contre leur réintroduction dans la loi Duplomb, après avoir balayé l’avis des autorités scientifiques compétentes, nos représentants se terrent désormais derrière l’avis final de l’ANSES dont la décision, dans un délai de 2 mois, ne pourra qu’être politique. Refusons de nous empoisonner, recouvrons notre souveraineté, mangeons bio !
La vraie urgence environnementale ? La ressource en eau et le climat
La loi d’urgence agricole, non seulement détricote notre gouvernance démocratique de l’eau au mépris des décisions citoyennes, mais détricote également les logiques naturelles pour n’en garder que des solutions inertes et inefficientes comme en témoigne l’objectif de doubler les volumes de stockage d’eau pour les usages agricoles d’ici à 2035.
L’agriculture bio, au contraire, préserve les sols qui peuvent ainsi stocker de l’eau, évite la pollution des nappes phréatiques, de l’air, de nos aliments et favorise le stockage du carbone dans les sols grâce à des amendements organiques (Quantification des externalités de l’AB, ITAB 2024). Recouvrons notre gouvernance démocratique de l’eau, respectons la logique du vivant, mangeons bio !
La vraie urgence agricole ? 1 agriculteur sur 2 en retraite en 2030
La loi d’urgence agricole ne prend toujours pas le tournant de la bio. Or, selon le Baromètre de l’installation agricole d’Eloi (juin 2026), 35 % des porteurs de projets et 41 % des jeunes installés veulent produire en bio. Même, les derniers rapports institutionnels recommandent vivement le développement de pratiques agroécologiques pour répondre aux enjeux de quantité d’eau (L’eau en 2050, HCSP 2025) et celui de l’agriculture biologique pour protéger les captages (Igas/IGEDD/CGAAER, 2024). Cette loi foule donc aux pieds, non seulement les aspirations de nos agriculteurs de demain, de nos citoyens, de nos institutions, mais aussi, déjà, les réalités climatiques d’aujourd’hui. Respectons les choix de nos agriculteurs, recouvrons notre environnement, mangeons bio !
La vraie urgence sociale ? Le revenu des agriculteurs
Comme la loi d’urgence pense résoudre le problème du revenu des agriculteurs par la généralisation du mécanisme du tunnel de prix, nos agriculteurs tiennent à remettre l’église au milieu du village : “Des fermes plus grosses sont plus dépendantes des emprunts bancaires, des fournisseurs de produits phytosanitaires etc. Une agriculture paysanne et biologique génère peut-être moins de chiffre d’affaires mais davantage de marge et donc de revenu. Un agriculteur qui arrive à vivre dignement de son travail, c’est un agriculteur qui est « bien dans ses bottes » et évite le burn-out. Un agriculteur qui arrive à vivre dignement de son travail, c’est un agriculteur qui donne aux autres l’envie de suivre ce chemin-là.” Xavier MOISSENET, agriculteur et Président du GABSeL.
La vraie souveraineté alimentaire ? Une agriculture biologique
La loi d’urgence agricole prévoit la mise en place de « projets d’avenir agricole » afin de reconquérir notre souveraineté agricole (Ministre de l’Agriculture, 8 décembre 2025).
Comment prendre au sérieux cet objectif, que toutes les mesures de la loi d’urgence agricole démentent ? Comment le modèle agricole dominant actuel, qui a été le fossoyeur de notre souveraineté alimentaire, pourrait en être le rédempteur ? L’avenir est à l’agriculture biologique ! Le décuplement des lois d’urgence agricole de même que la multiplication des canicules au cours de l’été nous le rappellent. Le réseau bio en
Bourgogne-Franche-Comté travaille à la résilience agricole et à la souveraineté alimentaire de notre région, rejoignez-nous !
- BIO Bourgogne-Franche-Comté et le réseau des GAB demandent le rééquilibrage des aides octroyées aux agriculteurs biologiques de Bourgogne-Franche-Comté
Auxerre, le 7 septembre 2026
Le gouvernement a mis en place le 31 juillet dernier un guichet exceptionnel d’aide à l’achat d’engrais azotés simples pour soutenir les agriculteurs conventionnels face à la hausse des coûts de production.
Ce fonds d’urgence, d’un montant de 145 millions d’euros, non seulement ne profitera pas aux agriculteurs bio - ce type d’engrais leur étant interdit - tout autant concernés pourtant par la hausse des charges et les pertes liées aux aléas climatiques, mais, aggravant la dépendance des agriculteurs conventionnels aux engrais de synthèse, il retardera encore la transition énergétique d’un modèle fortement lié aux énergies fossiles, premier facteur du réchauffement climatique dont ils sont aussi les victimes.
Cette aide, providentielle pour les marchands d’intrants, et qui dispense les agriculteurs de toute recherche d’alternative, décourage le recours aux engrais organiques, base de la fertilisation en bio, privant ainsi la collectivité des externalités positives induites par leur utilisation (baisse des coûts de dépollution de l’eau, maintien de la santé des sols etc.).
La Cour des Comptes estimait déjà en 2022 dans son rapport sur les politiques publiques en faveur de la bio, que le coût annuel pour la collectivité du traitement des flux d’engrais azotés, d’herbicides et de pesticides de synthèse - trois catégories d’intrants totalement interdits en bio - étaient de 15 à 27 fois supérieurs aux soutiens financiers alloués à l’agriculture biologique.
Ce constat interroge sur la volonté de reconquête de notre souveraineté alimentaire affichée par le gouvernement, une souveraineté que, curieusement, la dépendance de notre modèle agricole aux engrais azotés, dépendance dont l’urgence de ce plan d’aide est un aveu criant, ne lui paraît pas contredire.
Ce qu’au contraire commandent la crise profonde de notre agriculture et la recherche d’une vraie souveraineté alimentaire, c’est d’en finir avec un modèle dont le coût, financier, sanitaire, environnemental, ne cesse de s’alourdir sans que progressent la compétitivité des exploitations conventionnelles et le revenu de ceux qui s’épuisent à les faire vivre.
La crise actuelle offre l’opportunité d’une réorientation radicale des soutiens et l’occasion de substituer aux aides d’urgence visant la survie d’un modèle destructeur à bout de souffle, l’affectation des moyens qu’exige une véritable transition agroécologique portée par le développement de l’agriculture biologique.
Les acteurs du réseau bio régional demandent donc à ce que, au plus vite, les sommes débloquées dans l’urgence qui, au nom d’une fausse compétitivité aggravent notre dépendance aux intrants importés, soient affectées au développement d’une agriculture vertueuse, et qu’elles bénéficient aux paysans et paysannes bio qui la défendent. En choisissant de mettre en œuvre dans leurs fermes des pratiques favorisant l’autonomie et la résilience, la protection des ressources et le respect du vivant, les paysans et paysannes bio servent, à travers la production d’une alimentation saine, l’intérêt général.
Un soutien fort en faveur de l’agriculture biologique est seul de nature à inciter les agriculteurs conventionnels à faire évoluer leurs pratiques dans la direction qu’exigent de prendre la gravité des enjeux et l’impasse dans laquelle les a conduits un modèle devenu indéfendable.